Le Lot des mamans(Des parents en règle générale)

J’ai attentivement lu les derniers commentaires qui ont été émis sur la rentrée des classes de vos chérubins et j’ai eu de nombreuse discussion avec des mamans en peine de séparation.

Pourtant, elles ne manquaient pas d’enthousiasme à s’imaginer enfin avoir un moment à elles, se voyant déjà avoir la maison pour elles seules, sans les cris et doléances, au moins pour une demi-journée.

Et voilà qu’au bas de la porte de la classe, à peine à quelques mètres, à peine quelques secondes de séparation et un sentiment de vide…de privation… submerge ses mamans déjà en manque d’amour…

Alors quel est ce lien unique, presque indéfinissable… dont la sacro-sainte Raison a du mal à en déterminer les bords…le sens… Une incroyable puissance qui donne à l’amour une dimension métaphysique bien plus légitime que celle que l’on romance souvent entre deux époux.

Le lien filial.

Je me suis amusée à faire un peu de linguistique (très modestement)… à voir dans d’autres cultures comment ce lien peut-être exprimé et mis en sens par les mots.

Alors en français, on appelle bien souvent son enfant, « mon cœur », un lien au corps si puissant qu’il s’affilie à l’organe de vie, celui dont on attribue métaphoriquement le siège des émotions. En somme, celui qui nous tient en vie et en émoi. Cette terminologie n’est pas spécifique à l’amour filial je vous l’accorde et ne répond pas à l’exclusivité d’un amour maternel inconditionnel.
Toutefois, on retrouve souvent dans le langage ce rapport au cœur quand dans un moment d’expression passionné de notre lien familial, on utilise le « c’est mon sang, il/elle est mon sang ». Soulignant ainsi, l’unité, peut-être même la fusion, qui a existé lorsque l’enfant était fœtus, ou qui existe encore après la naissance, entre soi et le bébé que l’on a engendré.

J’ai fait le constat que nombres de langues latines et germaniques utilisent les mêmes codes qui lient l’organe du cœur au sentiment d’amour et le sang à celui de la filiation.
En m’arrêtant sur la langue arabe j’ai souligné une particularité que je n’ai pas trouvée dans d’autres langues (dans mes petites investigations modestes… j’ai tout de même parcouru quelques articles de recherche..).
L’amour général, commun, se décrit bien à travers le cœur, « qalb ».
L’être aimé est assimilé au cœur, parfois à la vie « oumri » comme dans nombre de langues. Cette similarité ne peut qu’induire l’existence probable d’un inconscient collectif très bien décrit par Jung.
L’amour, sentiment universel, se partage alors communément à travers les langues et les cultures.
L’expression de l’amour filial trouve une originalité en arabe. Quand le cœur prime dans les autres langues, en arabe c’est le foie qu’on invoque lorsqu’on veut souligner l’intensité de l’amour que l’on porte à son enfant.

« Kebdti », mon foie.

Je me suis interrogée sur cette particularité. Pourquoi le foie ?
Serait-ce un peu facile de dire que le foie est un met de choix ? Qu’il est souvent mis de côté lors des festins des fêtes religieuses musulmans, et surtout pour l’Aïd el Adha après le sacrifice du mouton ?

L’enfant serait-il assimilé à un morceau d’abat choyé, que l’on voudrait manger par amour, comme pour le remettre dans notre ventre ? … Capillo-tracté ?…peut-être un peu…

Autant l’analogie avec le cœur nous parait à tous bien naturel, autant lier l’amour pour notre enfant au foie l’est beaucoup moins.

Essayons de rester rationnel. Le foie est un organe qui assure nombre de fonction vitale du corps. Principalement des fonctions de synthèses et d’homéostasie. Ainsi il permet la sécrétion de protéine indispensable au bon fonctionnement des organes et l’équilibre de toutes ses hormones.
Le foie est l’organe qui permet l’excrétassions de la bile.
Il est le seul organe du corps à pouvoir s’auto-régénérer.
A travers ces quelques caractéristiques du foie, comment trouver du sens à cette expression bien culturelle de l’amour filial ?

J’ai bien mon hypothèse. Ne dit-on pas que les mamans sont des bileuses ? Qu’elles se font de la bile en permanence pour leurs enfants, même lorsqu’ils sont devenus grands ? Les mamans ne sont-elles pas, quand elles fonctionnent bien, source d’équilibre pour leurs enfants et réciproquement… ?
Bien souvent on les considère comme la base de sécurité. Celles vers lesquelles on se retient quand on perd l’équilibre, lors de nos premiers pas.

Un attachement sécurisant, comme le foie peut être le gardien de l’équilibre du corps.

« Toucher au foie, le réceptacle, selon nos mères, de l’amour parental. Kebda, kebdati, le foie, mon foie, que de fois n’avons-nous pas entendu nos mères murmurer ces mots qui traduisent l’amour filial, différent de celui de l’éros, de la passion amoureuse, qu’on situe au cœur. En vérité, c’était écrit : Rachid Mimouni ne pouvait pas survivre à l’exil. Il aimait tant son pays qu’il en eut le foie brisé. Oui, le foie, pas le cœur, car le cœur se bronze après une amputation quand le foie se brise… »
—Récit d’un exilé en ces temps difficile, quand se séparer de sa mère patrie tue le foie —

Et vous ? Quelle est votre Hypothèse ?

Laisser un commentaire