Nous portons tous un masque, plus ou moins épais, plus ou moins longtemps, à différentes occasion et avec différentes personnes…
Ces masques deviennent nécessaire pour protéger notre petit Moi meurtri par nos propres jugements ou par des expériences traumatiques du passé. Ils sont bien souvent automatiques et nous n’avons presque plus conscience de leur existence, tellement nous les avons dégainé pour parer à des situations inconfortables. De vrais mécanismes de défenses.–
Cela fait quelques années que vous êtes marié avec cet homme. Vous l’avez choisi et aimer, enfin vous en êtes plus tout à fait sûr.
Aujourd’hui, vous sentez bien que la phase d’idéalisation de l’autre est bien loin. Vous n’êtes plus si éprise de lui (emprise de lui ?). Vous repérez des éléments de son comportements, des attitudes que vous aviez toujours minimisés mais qui maintenant vous paraissent des montagnes.
Il déforme souvent la réalité, il essaye de vous diminuer dans son discours d’abord usant d’humour et maintenant de plus en plus décomplexé. Il vous culpabilise et vous convainc que vous ne valez rien. Et puis de toute manière, il n’y a que lui et sa grandeur qui peut vous supporter. Qui pourrait bien vous aimer en dehors de lui ?
Vous êtes chosifiées et bientôt vous n’existez plus. Tout du moins vous existez dans l’intérêt que vous pouvez avoir pour lui. Vous n’êtes plus que le moyen de ses fins. Vos désirs, besoins sont annihilés pour servir les siens.
Et puis vous continuez de prendre de la hauteur malgré l’humiliation qu’il peut vous faire subir et vous devenez comme un observateur extérieur qui découvre son compagnon de vie.
Vous repérez que son discours a toujours été très dur vis-à-vis de votre entourage. Prompt à la critique, personne ne trouve grâce à ses yeux. Pourtant angélique à leur contact on ne lui attribuerait jamais mauvaise intention.
Et son masque se fissure un peu plus quand votre confiance en vous s’abîme d’avantage.
Parfois vous n’en pouvez plus et comme les mots glissent sur lui sans résonance vous communiquez par la violence. Vous faites miroir à son comportement et vous détestez ça, vous ne vous reconnaissez plus et vous voulez le quitter en finir avec cette façon d’haimer. Et quand vous montrez votre détermination, il vous chante ses plus beaux refrains d’amour, les plus mielleux qu’il connaisse et cette tendre caresse qui vous avez tant manqué vous fait oublier sa tyrannie.
Comme une droguée de ces instants furtifs vous les attendez, malgré le tsunami qui emporte votre ego sur le passage, cet éclat de lumière si dense vous fait tenir et vous garde prêt de lui.
Voilà un scénario que je retrouve malheureusement régulièrement en consultation. Ces femmes ont déjà fait le diagnostic de leur compagnon : « Madame, j’ai épousé un pervers narcissique ». (Cela existe à part égale chez les femmes, plus subtile car les hommes ont une pudeur à raconter leurs difficultés relationnelles de cet ordre-là).
Bien documentées auprès de notre Professeur Google, elles deviennent malgré elles d’excellentes observatrices et arrivent pour les plus solides d’entre-elles à prendre de la hauteur pour faire une analyse douloureuse de leur relation de couple.
Il faut dans un premier temps savoir de quoi l’on parle lorsque l’on colle l’étiquette de pervers narcissique sur une personne.
La notion de pervers narcissique est peu reconnue dans le milieu de la psychiatrie. ET OUI ! Ce n’est pas parce qu’un terme est usuel et très répandu que sa légitimité est faite parmi les scientifiques.
En effet, Les classifications internationales et européennes ne dressent pas de tableaux cliniques clairs des symptômes du pervers narcissique et elles font une différence primordiale entre la personnalité narcissique et la perversion narcissique.
En résumé –pour ne pas vous infliger trop de baratin technique- on peut être pervers narcissique sans être atteint de trouble de la personnalité narcissique. Je m’explique : un(e)pervers narcissique peut avoir plusieurs caractéristiques d’une personnalité narcissique sans atteindre le trouble. Bien souvent, le(a) pervers narcissique est plus difficile à détecter et il (elle) a la particularité de cibler une ou deux victimes de ses manipulations contrairement à une personne de personnalité narcissique.
Maintenant que l’on a dit ça, c’est quoi la perversion ?
Le mot perversion, vient du latin perversio qui signifie « mettre sens dessus dessous », « mettre dans un profond désarroi ». C’est une terminologie à la base religieuse qui souligne la capacité à corrompre la nature de l’homme, une proportion à se détourner de sa vraie nature, et des codes moraux fondamentaux.
Chez un pervers narcissique, un mensonge réussi compte pour une vérité, ainsi il ne considère pas avoir trompé l’autre et il détourne la culpabilité, qu’il devrait ressentir après une telle transgression, sur l’autre, qui finalement l’accable de ce qu’il n’est pas selon lui : un menteur.
Vous connaissez maintenant mon amour pour la linguistique et j’ai été curieuse de voir comment dans le Coran la perversion y est décrite. En arabe classique le mot « fasad », qui traduit le mot pervers, est utilisé à plusieurs reprises dans le Coran pour décrire une personne qui propage la corruption, en désobéissant à Dieu et en répandant l’injustice sur la Terre . Ainsi il se détournerait de la vraie nature de son être celle d’être dans la quête du Bien.
Pourtant, personne ne naît avec cette propension destructrice. Des auteurs même affirment que l’Individu à des dispositions naturelles à pencher vers le bien. Alors comment bascule-t-on dans ce fonctionnement pervers où culpabilité et empathie font défauts ?
Jean Charles Bouchoux thérapeute affirme que l’ « on a tué Dieu et on ne l’a pas remplacé. Nous sommes donc plus que jamais dans une société narcissique qui manque cruellement de pères. ».
A travers mes lectures et mes expériences cliniques, une constante se dessine qui corrobore l’analyse de JC. Bouchoux.
Bien souvent les personnes à qui l’on a collé l’étiquette de pervers narcissique sont des personnes qui, enfant, n’ont pas eu le droit à la protection et la sécurité nécessaire à leur bonne construction psychique. On les a souvent mis dans des rôles d’adulte, attribué des taches de forte responsabilité et par la même occasion déresponsabilisé les tuteurs, appuyé par leur absence ou par leur immaturité.
Des enfants qui n’ont pas eu le droit d’apprendre ce qu’est l’empathie puisqu’ils n’ ont pas eu le droit d’y prétendre. Des enfants qui ont fait l’expérience de l’abandon. Des enfants sur qui on n’a pas posé de regard bienveillant et aimant. Des enfants qui n’ont pas eu le temps de construire un petit Moi sûr de lui, assez fort pour supporter le regard de l’autre, et apprend a ne pas en avoir besoin pour s’évaluer. Le regard essentiel d’amour n’a pas été posé sur eux alors ils n’ont pas appris à poser le regard sur les autres…. Créant ainsi de vraies failles narcissiques et relationnelles.
Et Il y a cette question des règles non intégrés, aucunes lois ne leur a été imposée, ni celles de l’éducation, ni celle de la moralité, ni celles qui incombent l’Autre, seul son propre bien-être compte au détriment de tout, essayant désespérément de combler le manque d’amour de soi. Puisque l’autre n’est pas fiable, il ne sera définit que comme un objet utile, dont la subjectivité n’existe plus, là juste pour combler tous ses manques, sans jamais atteindre pleine satisfaction.
Les procédés pour arriver à ses fins ne sont pas calculées ni évalués dans leur moralité.
Ce fonctionnement et très souvent inconscient, c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles ce mécanisme est très difficile à soigner. Comment mettre en travail quelque chose que l’on ne perçoit pas comme un problème ?
Ce genre de phénomène est de plus en plus présent dans notre société, et certains auteurs parlent de Mal du Siècle et évaluent que 3 à 8% de la population française atteinte de perversion narcissique. Dans une Société de plus en plus matérialisé où l’autre est estimé selon le gain qu’il peut apporter, la relation de couple et le mariage deviennent un échange de bon matériel.
Combien de fois j’ai entendu : « je ne me marierai pas avec quelqu’un qui n’a pas au moins un BAC+5 ! », Ou chez des personnes en difficultés administratives : « si je me marie avec unetelle, je pourrais vendre mon bien au pays et venir ici faire mon petit commerce » alors qu’il n’a pas rencontré la demoiselle en question.
Comment alors éviter de tomber dans le piège des masques où chacun doit montrer le plus beau de sa panoplie pour espérer AVOIR l’autre ?
Comment se prémunir de ce rapport à l’autre matérialisé, quand nous nous jugeons selon ce que l’on peut apporter de palpable sans considérer la profondeur des êtres ?
Pourquoi ne pas interroger le rapport à la Loi celle qui ne nous mettra pas sens de la vie dessus dessous ?
Pour enfin aimer l’autre et se prémunir de l’haimer….

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